Le télescope James Webb révèle la composition d'un disque protoplanétaire
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Une équipe de recherche internationale impliquant des scientifiques du CNRS, de l’Université Paris-Saclay et du CEA soutenus par le CNES vient de révéler la composition chimique d’un disque de matière en rotation autour d’une jeune étoile, où se forment de nouvelles planètes. Étonnamment, celui-ci est riche en hydrocarbures, deux molécules de cette famille ayant même été détectées pour la première fois dans un disque. Ces résultats publiés le 11 mai dans la revue Nature Astronomy ont été obtenus grâce à l’instrument MIRI développé par un consortium de laboratoires en Europe
C’est ici que naissent les planètes, au cœur des disques de poussière et de gaz qui se forment autour d’une jeune étoile après sa naissance. La matière s’y agglomère pour former des « protoplanètes » qui poursuivent leur croissance en amassant les matériaux qu’elles rencontrent dans le disque. Mais les connaissances sur ce processus restent limitées.
Parmi les mystères qui entourent encore les disques protoplanétaires, les scientifiques de 11 pays européens
L’équipe de recherche s’est appuyé pour cela sur le spectromètre MIRI du télescope. En disséquant la lumière infrarouge émise par le gaz dans le disque de J160532, l’instrument a permis de révéler une quantité très importante d'acétylène (C2H2), une molécule d'hydrocarbure simple et très réactive. La découverte de molécules jusqu'alors inconnues dans les disques protoplanétaires a également créé la surprise : deux autres hydrocarbures, le benzène (C6H6) et le diacétylène (C4H2) ont en effet été identifiés.
Ainsi, le disque J160532 semble extrêmement riche en molécules carbonés sous forme de gaz, avec très peu d'eau et de dioxyde de carbone, alors que ces deux molécules contenant de l'oxygène sont régulièrement détectées dans d'autres disques. Les auteurs de cette étude avancent l’hypothèse selon laquelle que le carbone solide dans le disque J160532 serait passé à l’état de gaz en raison de l’activité intense de la jeune étoile. Cela impliquerait que les planètes rocheuses formées à partir des grains de poussière du disque devraient avoir une composition minérale pauvre en carbone, tout comme la Terre. Au contraire, les planètes gazeuses devraient être riches en carbone.
Le consortium avait choisi de s’intéresser à J160532 en raison de sa faible masse, de l’ordre de cinq à dix fois plus faible que celle du Soleil. En effet, les observations de ces dernières années ont montré que les exoplanètes rocheuses sont très abondantes autour de ces étoiles “légères”. Ces exoplanètes se forment en outre souvent dans la zone habitable de leur étoile comme en témoigne le célèbre système d'exoplanètes Trappist-1.
Ces résultats sont un premier aperçu du potentiel du télescope spatial James Webb pour connaître les conditions physiques et chimiques qui règnent lors dans la formation des planètes. Les scientifiques souhaitent désormais étudier toute la diversité des disques protoplanétaires pour comprendre comment les mêmes processus physiques qui opèrent dans tous les disques conduisent aux différents types de planètes observées dans l’Univers, y compris celles de notre Système solaire.
© Benoît Tabone/MINDS consortium/NASA/ESA
Bibliographie
A rich hydrocarbon chemistry and high C to O ratio in the inner disk around a very low-mass star. Tabone et al. Nature Astronomy, le 11 mai 2023. DOI:10.1038/s41550-023-01965-3