Transformer la science en innovation : le parcours inspirant d’Amanda Silva-Brun

Chaque année, la recherche fondamentale menée dans les laboratoires du CNRS et de ses partenaires donne naissance à de nouvelles innovations. En 2024, le CNRS a mis en place un réseau d’ambassadeurs de l’innovation. Leur mission : partager leur expérience au sein des laboratoires et contribuer à la diffusion d’une véritable culture de l’innovation.

Entrepreneure et chercheuse au laboratoire Nanomédecine, Biologie Extracellulaire, Intégratome et Innovations en Santé (NABI), Amanda Silva-Brun illustre parfaitement cette dynamique. Elle nous explique comment ce programme favorise les passerelles entre la science, l’innovation et l’industrie. Elle revient également sur son rôle d’ambassadrice : sensibiliser et accompagner les chercheurs désireux de valoriser leurs travaux.

Dans votre parcours, comment avez-vous été amenée à lier recherche et innovation ?

Amanda Silva Brun : Tout a commencé par une collaboration avec des médecins. Au départ, je voyais mon travail comme une simple production de connaissances. Mais en échangeant avec eux, j’ai pris conscience que ma recherche pouvait répondre à un besoin médical non satisfait. Ce fut un vrai déclic : il ne s’agissait plus seulement d’avoir des idées de thèse ou de tester des hypothèses, mais de contribuer à l’émergence d’une nouvelle thérapie pour une maladie mal prise en charge.
Travailler avec des médecins change notre rythme et notre regard : ils sont confrontés à l’urgence et à la nécessité de trouver des solutions concrètes. Cela nous oblige, en tant que chercheurs, à rester connectés à la réalité et à nous concentrer sur l’essentiel.

En quoi consiste le programme CNRS Innovation ?

A.S-B. : Je commencerais par évoquer mes start-up, car elles illustrent concrètement ce que le programme CNRS Innovation apporte. J’ai cofondé deux start-up : la première en 2019, la seconde en 2021. Ensemble, elles comptent aujourd’hui une quinzaine de salariés.
Le programme CNRS Innovation vise à renforcer les liens entre recherche et innovation, notamment par la valorisation des travaux scientifiques. Il permet aux chercheurs de rencontrer des experts du domaine de l’innovation qu’il serait difficile de solliciter autrement.
Par exemple, lors de la création de HIGHS, des experts nous ont accompagnés sur des problématiques de contrôle qualité. C’est un soutien dont nous avons pu bénéficier dès les premières étapes du projet, grâce au programme CNRS Innovation.

Ce programme structure également un réseau d’ambassadeurs, à l’échelle nationale et européenne. Cela favorise les échanges, le partage d’expériences, le développement de collaborations et la structuration de projets.
Les réunions organisées par le CNRS permettent de présenter des idées, d’échanger avec d’autres chercheurs confrontés aux mêmes défis et de mieux comprendre le rôle de l’innovation dans la vie des laboratoires.

Quel rôle jouez-vous en tant qu’ambassadrice du programme CNRS Innovation ? e mieux comprendre le rôle de l’innovation dans la vie des laboratoires.

A.S-B. : Mon rôle consiste à faire le lien entre la recherche et l’innovation en partageant mon expérience de chercheuse-entrepreneure. Je sensibilise mes collègues aux opportunités offertes par la valorisation de la recherche — que ce soit par la création de start-up ou par des collaborations industrielles.

Je participe également activement aux événements du programme et j’échange régulièrement avec les autres ambassadeurs pour renforcer le réseau et relayer les besoins des chercheurs de mon laboratoire ou de ma communauté.
En résumé, j’essaie d’être un point de contact pour celles et ceux qui souhaitent s’engager dans une démarche d’innovation à partir de leurs travaux scientifiques, et d’encourager ceux qui ont une idée à concrétiser. 

Comment articulez-vous cette mission avec votre statut de chercheuse ?

A.S-B. : Pour moi, cette mission est pleinement cohérente et complémentaire avec mon travail de chercheuse. Le rôle d’ambassadrice m’offre l’opportunité d’échanger avec d’autres chercheurs et d’enrichir ma réflexion sur la valorisation de la recherche.
Cela permet aussi de s’interroger collectivement : comment encourager davantage de chercheurs à s’engager dans cette voie ?
C’est surtout une manière de sortir du cadre du laboratoire, de voir ce que nos découvertes peuvent apporter concrètement à la société, et de mieux comprendre la portée réelle de notre travail scientifique.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux chercheur.e.s et ingénieurs pour les inciter à s’engager comme ambassadeurs de CNRS Innovation ?

A.S-B. : La recherche ne s’arrête pas à la publication. À un moment, on atteint les limites de ce que l’on peut faire dans un cadre académique. Il faut alors se demander : à quel moment transmettre le relais à une entreprise capable de développer et d’industrialiser la découverte ? Comprendre nos limites et créer le lien avec ceux qui pourront transformer nos résultats en innovations concrètes, c’est essentiel. C’est un véritable cheminement, sans raccourci possible. Mon conseil aux jeunes chercheurs serait donc de se poser ces questions : Qu’est-ce que je fais de la connaissance que je produis ? Comment puis-je la faire sortir du laboratoire ? Comment peut-elle devenir une invention, une innovation, un produit, un service, un emploi utile à la société ?